Pour une migration contrôlée
L’absence d’une stratégie de migration claire, d’un programme identifiable, d’une diplomatie constante et déclinée en axes clairs et permanents ont ajouté à l’absence d’une politique de sécurité intérieure ferme, un supplément d’ingérences multiples dans les affaires nationales que notre pays aurait pu éviter.
Ces ingérences s’ajoutent à une longue liste de positions que la Tunisie aurait également pu éviter, comme l’affaire du Polisario ou certaines allusions inutiles dans le préambule d’une constitution qui ajoutent inutilement des difficultés à la Tunisie.
Deux ans après 2021, les responsables politiques du pays sont en peine de sortir la Tunisie de la pire situation de son histoire.
Les évènements de ces derniers jours montrent qu’à la pénurie de tout, s’ajoute désormais un autre défi par l’implantation de populations dont on peine à avoir le nombre, les nationalités, la qualité, les raisons de leur présence parmi nous, leurs antécédents criminels ou terroristes, leur situation sanitaire, etc.
Des milliers de personnes franchissent les frontières terrestres, entrent dans le pays, entreprennent de travailler, de s’installer, créent des associations, des structures parallèles à l’État. Ni le ministère de l’intérieur, encore moins la présidence de la République n’ont entrepris de façon, claire, coordonnée un simple contrôle lié à l’exercice même de la souveraineté et surtout un contrôle pour préserver la sécurité des habitants de ce pays, Tunisiens et non Tunisiens compris.
Nul n’ignore que la Tunisie n’a de frontières terrestres qu’avec l’Algérie et la Libye. En choisissant de porter les relations avec ces deux pays au rang des relations interpersonnelles, de relations empreintes de sentimentalisme, le pouvoir en place s’est englué et a englué la Tunisie dans une crise qui n’avait pas à être de son ressort. La Libye et l’Algérie devaient contrôler davantage leur côté des frontières communes et ne pas reporter sur la Tunisie le poids des problèmes et la faillite d’autres États.
Ce transfert volontaire ou involontaire de populations est une action inamicale en soit. Pour rappel, dans la coutume internationale, les États s’obligent de ne pas prêter leurs territoires à des actions, voire même à des nuisances dommageables à l’État voisin. Or, en l’espèce, chacun peut interpréter l’absence de contrôle frontalier comme une action inamicale.
C’est au nom de ce même principe que la diplomatie tunisienne aurait dû souligner fermement et clairement que personne, aucun groupe ne peut traverser ou transiter par le territoire tunisien sous quelque prétexte que ce soit s’il n’en a pas le droit.
La crise actuelle qui menace réellement la stabilité et la paix sociale du pays dans son ensemble vient du laxisme quant au respect de ce principe.
Mais il n’échappe à personne que la respectabilité d’un pouvoir ou d’un État sur la scène internationale ne découle que de sa capacité à cadenasser et à tenir sa propre frontière de façon autonome. Or, c’est à partir du constat d’une telle carence que la Tunisie se trouve aujourd’hui happée dans les stratégies internes et le débats politiques intérieures de l’Europe et de l’Afrique. Débats qui ne devaient pas la concerner si le pouvoir en place avait eu la modestie de lire ce qui s’écrivait dans certains médias tunisiens par des experts tunisiens qui connaissent ces sujets et ce depuis des mois et des années.
Au nom de ce même principe, il fallait envoyer un message clair à ceux tentés par le franchissement illégal des frontières, sa teneur aurait été simple et claire : aucun franchissement des frontières tunisiennes n’est possible sans motif légitime. Toute personne qui n’est pas en mesure de rester en Tunisie légalement sera rapatriée.
Traduit en mesures de politique intérieure de sécurité, ce principe signifie que toute personne aidant à un franchissement illégal soit arrêtée, que toute tentative de corruption est punissable immédiatement, qu’en vertu de la réquisition des fonctionnaires, toute personne agissant dans le cadre d’une mission de service public s’expose à de lourdes peines. Cela signifie que les « entrepreneurs de la harga » doivent être arrêtés.
Répéter à l’infini que la “Tunisie n’est pas le gendarme de l’Europe” est insensé, dans la pratique ceci est le quotidien des services militaires et sécuritaires concernés. La dernière acquisition de patrouilleurs de haute mer (OPV) par la Marine Nationale en est la preuve, la preuve de l’engagement de la Tunisie dans ce ‘Burden sharing’ international. La Tunisie gère ses propres frontières maritimes, les eaux sous sa souveraineté et sous sa juridiction, mais elle agit aussi en haute-mer (droit de poursuite, assistance, lutte contre le terrorisme, lutte contre les trafics en tout genre …), conformément au droit international notamment le droit de la mer et conformément aux conventions internationales. Les slogans ne forment pas une diplomatie, encore moins une politique. Ces slogans finissent toujours par se retourner contre celui qui en abuse d’ailleurs.
Mais laisser partir illégalement depuis sa propre frontière des clandestins peut exposer la Tunisie à des risques bien plus grands. Pour être plus clair, on dira que la défaillance sur la frontière a empoisonné les relations de la Tunisie avec l’Europe et avec ses voisins.
Ces relations auraient été plus efficaces, plus certaines et plus prévisibles si simplement dès le départ le gouvernement et la présidence de la république avaient été fermes et clairs en posant quelques principes :
- L’Afrique est notre partenaire stratégique, et ce partenariat est d’une importance capitale pour l’avenir. Notre pays doit agir en conséquence dans ses relations avec les États Africains.
- La Tunisie ne gère pas les problèmes des autres pays qu’à la limite de ses moyens. Elle n’en a pas souvent la possibilité.
- La Tunisie protègera ses frontières fermement.
- Personne ne vient et ne peut s’installer en Tunisie sans en avoir le droit. La Tunisie agira sur le même modèle d’action que celui appliqué à ses enfants ailleurs.
- Les non Tunisiens qui se trouvent sur le sol tunisien sont sous la protection de l’État tunisien.
Le pouvoir actuel semble dans l’incapacité à sortir le pays de la nasse et du piège mortel dans lequel il a contribué avec les pouvoirs antérieurs, à le mettre. Là aussi les choses doivent être entreprises clairement et immédiatement.
1. Qui est sur le sol national, quels motifs, quelles nationalités, quel est le nombre exact ?
2. Les étrangers en situation irrégulière doivent impérativement régulariser leur situation dans un délais bien déterminé. Sinon ils ont obligation de quitter le territoire national.
3. Ceux qui n’ont aucune raison de rester sur le sol national doivent partir, en vertu du même principe auquel sont soumis les tunisiens dans les pays européens et ailleurs dans le monde.
Cependant, le problème auquel se trouvent confrontés les migrants, c’est l’accumulation des 80 Dinars par jour, de pénalité pour n’avoir pas quitté le territoire Tunisien à l’expiration de leur visa. Ils se trouvent alors, dans l’impossibilité de rembourser deux, trois, voire quatre ans de pénalités, dont le montant sera devenu exorbitant au fil des ans. Une amnistie de pénalités pour ceux qui veulent partir doit être annoncée.
4. Toute aide au franchissement illégal des frontières sera considérée comme une atteinte à la sécurité nationale et passible des tribunaux militaires.
Reste enfin, l’inénarrable affaire de l’accord avec l’UE dont tout le monde parle et que personne n’a lu. L’Europe qui se targue d’être un creuset de la démocratie et de la transparence devrait en publier les clauses afin que le peuple tunisien puisse en débattre car il engage son avenir.
Néanmoins, là aussi un principe est clair. Si cet accord est convenable et utile pour les tunisiens, alors il faut le conclure pour le bien commun. S’il comporte des clauses d’installations d’illégaux non tunisiens sur le sol tunisien, il sera refusé par la population même s’il est signé par le pouvoir en place. En faire le feuilleton pour masquer le reste est indigne d’un pouvoir qui se targue d’être une émanation de la volonté du peuple.
En dernier lieu, nul n’est propriétaire de la Tunisie ni de son peuple. Le pouvoir n’est ni une propriété ni un bail perpétuel. Vouloir durer à n’importe quel prix, y compris en signant des accords secrets est le pire choix possible.